Afrique : Les Régions pétrolifères face Au COVID-19

Alors que l’OMS appelle l’Afrique à se réveiller face à la pandémie, nous pensons plutôt que, l’Afrique devrait se réveiller face à son destin et le COVID-19, lui en donne l’occasion. Selon certaines sources, la dimension historique de la découverte du pétrole en Afrique remonte en 1956, tour à tour par l’Algérie et la Lybie. Mais, sa modeste production dans les années 1960, est montée d’un cran dans l’intervalle d’une décennie.

Entretien avec Paul Francis Nathanaël TONYE, Juriste-Conseil expert en droit des ressources naturelles, audit et rédaction des contrats spéciaux et contrats d’Etat (Droit des Mines, Gaz & Oïl )

En effet, en 1970, la production continentale a pris place avec allant, parmi les grandes régions productrices et exportatrices mondiales du ‘’ Black Gold’’, énergie non renouvelable, qui « fait la joie des économistes et des lobbies pétroliers tandis que les réserves s’épuisent dans le monde entier ». Les années 1990, affermissent cet essor par d’interminables découvertes dans le golfe de Guinée, qui vont changer cette partie de l’Afrique : piraterie, vols à main armée, trafics de tous genres, et pêche illégales. D’ailleurs à ce propos, Alain Fogue Tedom (2008 :133), ‘’ au regard des attentes actuelles et surtout à venir des puissances industrielles par rapport aux ressources naturelles africaines en général et en particulier par rapport au pétrole du golfe de guinée, on est en droit de s’interroger sur la validité de l’analyse qui, au début des années 1990, soutenait l’idée qu’avec la fin de la guerre froide, l’Afrique noire avait perdu tout intérêt stratégique pour les grandes puissances’’. Faut-il, remarquer que, sur l’empreinte des ex-puissances coloniales, de nouveaux pays s’y intéressent ? Nous sommes, du même avis que le Professeur Michel KOUNDOUN lorsqu’il affirme que : « Les puissances occidentales ont des intérêts dans le Golfe de Guinée ». Toutes ces puissances sont en quête des échanges économiques, des coopérations militaires à forte odeur de : ‘’Mining & Metals. Oïl, Gaz & Chémicals’’ L’impact des ressources pétrolières dans une économie en temps de confinement lié au COVID-19. À ne point douter, les recettes pétrolières, symbolisent une parcelle révélatrice du PIB et des recettes fiscales de plusieurs pays africains producteurs et exportateurs du pétrole. Mais seulement, cette croissance dépend de deux chaînons déterminants : Le prix du pétrole et les volumes exportés. En 2014, bien de spécialistes avançaient les mêmes raisons pour expliquer la chute brutale du prix du pétrole. « D’un côté une demande anémiée, de l’autre une offre pléthorique », résume Patrice Geoffron, enseignant- chercheur à l’Université Paris-Dauphine. Si les cours baissent, c’est donc en premier lieu, en raison des médiocres perspectives de croissance. Cf : La croix « Les raisons et les conséquences de la baisse du prix du pétrole » Marie Dancer et Antoine d’Abbundo. Mécaniquement, lorsqu’il y a effondrement de la demande, c’est-à-dire quand un pays hôte ne peut plus exporter, les prix ou cours du pétrole brut baissent progressivement ayant pour effet, la paralysie économique comme nous l’observons tous, cette paralysie de 2020, est suscitée par le COVID-19 et les ‘’désastreuses  » règles de confinement. Déduction, l’ensemble des sociétés de services de ‘’droit africain  » et autres sociétés extractives étrangères ne pourront plus valablement payer leurs impôts s’ils ne sont reportés ou purement et simplement annulés. Mais, si d’aventure, ces impôts venaient à être annulés ou reportés à cause de la pandémie, les parties prenantes tiendraient-elles compte de l’opacité dans la gestion des flux financiers et des volumes relatifs à l’exploration et à l’exploitation des hydrocarbures et des Mines solides ? Ne perdons pas de vue que, la perméabilité de la plupart des codes extractifs de l’Afrique subsaharienne, ne permettent pas aux pays hôtes de tirer l’épingle du jeu pendant les négociations dans les contrats d’investissements pétroliers par leurs  » experts  » complaisants et mal formés, ou par les Cabinets étrangers payés à gros sous mais, qui ne connaissent pas les réalités locales et roulent parfois pour les cocontractants. À cause de ces mauvaises négociations, rares sont les pays africains qui obtiennent gain de cause dans des règlements juridictionnels des différends internationaux face une société extractive étrangère, devant le CIRDI, avec parfois de grosses amendes à payer au cocontractant.

Quelle est donc la situation des Pays africains producteurs et exportateurs du pétrole face au COVID-19 ?

Selon, la CNUCED, la croissance du produit intérieur brut (PIB) de l’Afrique pourrait passer de 3,2% à 1,8 % en 2020. L’agence onusienne justifie cette forte baisse par l’impact de la pandémie sur le commerce mondial et ses répercussions pour les économies africaines. Au jour naissant de la pandémie du COVID-19, « en l’absence d’accord, et face à la position ferme de la Russie, les pays membres de l’Opep, dont les sept Africains (Congo, Nigeria, Angola, Algérie, Libye, Gabon et Guinée équatoriale), se retrouvent engagés dans une guerre des prix vertigineuse, dont seuls les plus solides se sortiront » apprenait- on des lignes de Jeune Afrique dans sa livraison du 09 mars 2020. D’opinion internationale, le prix du baril américain de pétrole brut coté à New York pour la livraison en mai s’est effondré lundi 20 avril, chutant en dessous de zéro à -37,63 $, ce qui ne fut pas le cas en début d’année, quand le baril se changeait encore à 60 $ et à 18.27 en début du week-end qui a précédé son affaissement. « Effarant ». Cette variation du prix du pétrole causée par le COVID-19, aura un impact d’une incommensurable portée sur la conjoncture économique des régions pétrolifères du Continent. Ce d’autant plus que, les productions industrielles et de transports ont toujours été gourmandes de l’Or noir et elles en dépendent plus ou moins. Les régions pétrolifères doivent faire trop attention sur les plans sécuritaires, technologiques, cybernétiques et physiques. C’est du moins, la vision préventive constante, des analystes économiques, par ce que la période s’y prête, on connaitra une épidémie d’agressions physiques, vols à main armée, la cybercriminalité, fake news, et beaucoup d’incivilités dans les places publiques et ailleurs, arnaques financières, crimes, délinquances, contrefaçon et bien plus. En tout cas, c’est incontestable.

Pour autant, les économies africaines dépendantes du pétrole doivent-elles se préparer à une situation exécrable ou Apocalyptique ?

Notons d’abord que, tous les pays de l’Association des Producteurs de Pétrole Africains (APPA) qui a changé de dénomination et est devenue Organisation des Producteurs Africains (APO), ne sont pas dans la même situation en fonction de la structure budgétaire. Au regard du classement des budgets 2020 des pays de la CEMAC par exemple, comparativement au Gabon et à autres, seul le Cameroun a une économie la plus diversifiée. Les prévisions budgétaires du Cameroun étaient de 4951.7 milliards FCFA en 2020 contre 4850.5 milliards pour l’exercice 2019. Selon la loi de finances 2020, les recettes pétrolières consolidées du Cameroun se chiffrent à 443 milliards de FCFA en 2020. Ces recettes pétrolières, comme renseigne la loi, comprennent la redevance SNH (Société nationale des hydrocarbures) et l’impôt sur les sociétés pétrolières, auxquelles seront ajoutées en 2020, les recettes provenant de l’exportation du gaz naturel. Alors que le Gabon quant à lui a tablé sur un budget 2020 de 3330 milliards de FCFA, sa loi des Finances, se voulait révolutionnaire à ne point douter en ce que l’Etat maitriserait ses dépenses liées à la masse salariale et aux charges financières de la dette. Mais c’était sans compter sur le COVID-19. Dans cette économie prise comme cas de figure, la richesse de l’Or noir, lui permet de se targuer comme le pays le plus ‘’ développé ‘’ de l’Afrique subsaharienne, avec une addiction sur le pétrole. Environ 50% de son PIB depuis que la production Africaine est entrée dans la cour des grands, dans les années 1970. Tant, il est vrai que le Cameroun poumon économique de la CEMAC n’est pas un ‘’Titan’’ dans la chaine de valeurs mondiales, mais il n’en demeure pas moins vrai qu’il développe aussi en dehors des mines et des hydrocarbures, des filières telles que l’agriculture, le bois et la pêche. Par cette diversification et le dynamisme de son secteur privé, le Cameroun, comme bien d’économies africaines, en ces temps de la baisse du prix du baril du pétrole américain, imposée par la pandémie du COVID-19, peut bien juguler cette crise, même comme il y a encore beaucoup à faire au niveau de son industrialisation. Nous n’osons pas parler des frères ‘’ennemis’’ du Maghreb : Algérie et Maroc, stimulés par l’Angola, l’Ethiopie, le Kenya et bien d’autres. Mais, au cas par cas, beaucoup de pays membres Organisation des Producteurs Africains (APO), à une économie peu ou non diversifiée pourraient prendre un grand coup, mais pas exécrable ou Apocalyptique comme le souhaitent certains lobby, pour justifier le gel de fiscalité pétrolière déjà si faible, au regard de nombreux avantages accordés aux cocontractants pendants la signature des contrats pétroliers.

Quelles sont donc les solutions des Régions Pétrolifères, pour y remédier ?

Face au séisme sanitaire et économique prédit en Afrique, on nous parle de l’économie durable, d’une mutualisation de la dette, d’euro-obligation ou euro bond. Mais, tout ça c’est de la sémantique et ce ne sont que des modèles importés et imposés au berceau de l’humanité. Il est urgent et même impératif que désormais, les accords conclus et contrats signés par les économies des régions pétrolifères du Continent, soient encadrés par des experts et juristes Africains, hautement qualifiés sur les questions des ressources naturelles. Ce faisant, l’Afrique évitera des accords et contrats non équitables et non transparents. Notre continent, n’a pas vraiment besoin des experts de l’ONU qui viendraient ‘’nous aider ‘’ Pour sa part, Alexandre Carret Anguilet, Directeur Général du Groupe MATHEO, cette crise sanitaire a permis à l’Afrique d’ouvrir les yeux car, il est plus que jamais nécessaire que le Contient prenne son destin en main car la plupart des richesses proviennent d’elle, dans le cas du ‘’ Black Gold’’, l’Union Africaine doit statuer sur une meilleure structuration de la vente de celui-ci afin d’éviter de subir l’inflation des Occidentaux lorsque le dollar ou la bourse sont en baisse. Nous osons aussi penser que, la diversification économique des États est un défi et une urgence. En cela, nous sommes d’avis avec Maître Mary Concilia Anchang, Présidente fondatrice de : « The Africa Chamber of Trade & Commerce » (ACC) qui plaide pour la production, la transformation locale et la diversification profonde des économies continentales comme alternative ensemble, la promotion des SME indispensable atout pour l’Afrique. Alors que l’OMS appelle l’Afrique à se réveiller face à la pandémie, nous pensons plutôt que, l’Afrique devrait se réveiller face à son destin et le COVID-19, lui en donne l’occasion.

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